
Le mois de septembre restera gravé, à jamais, dans la mémoire des dirigeants des puissances mondiales. Non parce qu’il rappellera les attentats terroristes perpétrés, d’une manière spectaculaire, le 11 septembre 2001 contre les deux tours jumelles du World Trade Center, mais parce qu’il a été profondément marqué par une crise financière mondiale inédite. Sur ce point, les avis des économistes s’accordent à dire que la crise actuelle qui frappe d’une manière drastique les Bourses, les économies et les places financières mondiales est plus «profonde et durable». «La crise financière actuelle est la plus grave depuis 50 ans et probablement depuis un siècle. La tourmente était encore loin d’être terminée. On doit reconnaître qu’il s’agit d’un événement qui se produit une fois tous les cinquante ans, probablement une fois par siècle. Il n’y a aucun doute, je n’ai rien vu de pareil et ce n’est pas encore fini et cela prendra encore du temps», a windiqué l’ex-patron mythique de la Banque centrale américaine, Alan Greenspan. En effet, les valeurs bancaires des principales Bourses mondiales ont été malmenées au lendemain de la faillite de la banque d’affaires américaine, Lehman Brothers, l’un des piliers de Wall Street et la reprise de Merrill Lynch par Bank of America. Le dépôt de bilans de la banque américaine, Lehman Brothers, quatrième banque d’investissement aux Etats-Unis, a fait vaciller les marchés financiers. Le montant cumulé des dettes de celle-ci représente 613 milliards de dollars. Le dépôt de bilan de Lehman Brothers «est un choc pour les participants sur les marchés d’actions et les pousse à fuir davantage les risques», ont commenté les experts de la scène financière internationale européenne. Cependant, avant d’aborder les «dessous» d’une crise qui fera certainement mal à plusieurs économies mondiales, de nombreuses questions reviennent sur les lèvres même de certains économistes les plus avertis. En effet, comment une crise d’une telle ampleur, qui rappelle inévitablement celle de 1929, a-t-elle plombé le moral des dirigeants et experts de hautes institutions bancaires ainsi que les dirigeants de certains pays ? Comment expliquer qu’une crise immobilière de l’autre côté de l’Atlantique puisse déclencher une crise financière mondiale ? Pourquoi l’UE, certains pays asiatiques ainsi que la Russie ont-ils été «contaminés» ? Le glas a-t-il sonné pour certaines banques, même celles qui jouissent d’une notoriété hors frontières ?
L’effet domino de la crise de subprimeAbdelhak Lamiri, économiste et consultant international, contacté par nos soins, nous a clairement signifié que la crise des crédits hypothécaires, plus connue sous l’appellation «crise de subprime», a été beaucoup plus profonde et surtout complexe, contrairement à certaines idées reçues. «La crise financière mondiale a surpris beaucoup d’analystes. On croyait que la crise de subprime qui a fait plusieurs dégâts a été surpassée. On croyait qu’on était maintenant dans le début de reprise d’une économie mondiale, qui se stabilise de plus en plus. Mais elle est beaucoup plus profonde», déclare-t-il d’emblée. Et d’ajouter, soit dit au passage, que tous les pronostics ayant précédé cette crise, dont la majorité plaident pour une sortie rapide du tunnel ont été déjoués : «Tous ceux qui disent qu’il y a de la lumière au bout du tunnel se sont rendu compte ces dernières semaines qu’en fait un train arrive dans l’autre sens», a commenté la semaine dernière le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, après une réunion de deux jours à Nice (sud-est de la France) avec ses homologues de l’Union européenne (UE). «La crise financière sera à notre agenda pour encore beaucoup de mois à venir», avait déjà prédit la veille le président de l’Eurogroupe, qui regroupe les pays membres de la zone euro, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Comment la crise de subprime a-t-elle eu comme corollaire une crise financière sans précédent ? Sur ce point, les économistes expliquent simplement que le recours par des dizaines de millions de ménages américains à l’emprunt et au crédit hypothécaire pour financer notamment l’achat de leurs habitations en a été la cause. En clair, aux Etats-Unis, les crédits immobiliers qui ne concernent que les classes populaires, faute d’avoir un revenu suffisant qui garantisse que le prêt sera effectivement remboursé à la banque, est risqué. Car, il dépend du prix des biens immobiliers. Si la maison perd de sa valeur, alors les banques ne sont plus assurées d’être remboursées en cas de difficultés. Pour anticiper ce risque, les établissements de crédit ont décidé alors d’augmenter les taux d’intérêt mais les emprunteurs, qui ont des revenus modestes, ont été incapables de rembourser. En d’autre termes, seulement au bout de quelques années, ces millions de ménages qui ne pouvaient faire face aux remboursements des crédits contractés, soit une masse énorme de créances de plusieurs centaines de milliards de dollars. Des créances qui sont transformées en produits financiers sous forme de titrisation, technique consistant à les transformer en obligations placées ensuite sur le marché, une chose, qui n’a fait qu’à aggraver un surendettement sans contrepartie réelle. Ainsi, pour les spécialistes en la matière, ces opérations sont devenues, au fil du temps, comme un montage financier complexe. «Tout le monde en avait mais personne ne savait vraiment combien. Ces titres se sont retrouvés sur les marchés européens sans que personne ne sache vraiment s’il en possédait», ont--ils laissé entendre. En décodé, à force de vendre, de revendre et d’émettre des titres de dette sur d’autres titres de dette, tout est devenu opaque. Conséquence directe : en été, des établissements de crédits ont fait faillite !
Lorsque la nationalisation des banques vient des Etats-Unis d’Amérique…. Frappées de plein fouet par une crise jamais connue ni d’ailleurs égalée, quelques brins de suspicion ont été jetés sur la capacité financière des banques américaines de surmonter ou non des épreuves similaires. En effet, après le dépôt de bilan de la banque d’affaires américaine, Lehman Brothers, qui est considérée, à juste titre, comme la dernière victime en date, a mis à nu l’ampleur des effets négatifs des subprime : un cumul des dettes évalué à plus de 600 milliards de dollars... Ironie du sort, puisque ce dépôt intervient juste une semaine après la nationalisation (une première d’ailleurs dans les annales de l’économie néolibérale du pays de l’Oncle Sam) du premier assureur du pays, AIG, qui emploie, il est utile de le rappeler, plus de 116 000 travailleurs, mais surtout le sauvetage spectaculaire de la deuxième banque des investissements aux Etats Unis, Merryll Lynch, par la Bank of America. Le rachat de la seconde banque américaine a été procédé, en vertu d’une décision, également incroyable, d’autant qu’un bon nombre d’économistes relèvent son caractère préjudiciable à long terme pour l’économie américaine, en poussant les dix grandes banques americaine à constituer un consortium disposant d’un fonds commun de 70 milliards de dollars dans lequel elles puiseront de la monnaie nécessaire en cas de besoin. Toutefois ce séisme financier qui s’étend, à une vitesse vertigineuse, à d’autres places financières mondiales, n’a pas attendu longtemps pour faire apparaître de nouveaux noms sur la liste des établissements condamnés d’avance par les marchés. Après l’annonce, mercredi dernier, de la banque britannique Barclays d’acheter pour une bouchée de pain les meilleurs actifs de Lehman Brothers, une opération jugée par les analystes comme «un coup stratégique incroyable», compte tenu de la chute de ses cours de 52% en début de séance, HBOS a dû accepter son rachat en urgence par sa rivale britannique, Lloyds TSB. Face à ces acrobaties, théoriquement inacceptables il y a juste quelque temps par les économistes, d’autre pays, dans le souci d’anticiper cette crise, se sont penchés sur la question en catastrophe. Il s’agit notamment de la Russie qui a réuni son état-major. L’Agence fédérale russe de régulation des marchés financiers a pris une décision, au demeurant exceptionnelle : arrêter purement et simplement les échanges et convoquer une réunion de crise entre responsables concernés. Même attitude au côté des Sud-Coréens. En effet, le président, M. Lee Myung-bak, a instruit samedi dernier le gouvernement de prendre des mesures contre les impacts de la crise financière américaine et d’agir pour protéger les petites entreprises. «Actuellement, les situations financières en Corée du Sud et à l’étranger se stabilisent, mais ce pays asiatique devrait s’apprêter à s’occuper, d’une manière rapide et active, des problèmes d’urgence qui auraient des impacts négatifs sur l’économie», a déclaré le président Lee, lors d’une réunion avec les ministres et conseillers économiques du gouvernement.
Lorsque les Européens règlent leurs comptes avec Washington… C’est un véritable pavé dans la mare que venait de jeter, jeudi dernier, le Premier ministre français, François Fillon, dont le pays préside l’Union européenne. Pour ce dernier, il n’est pas question que l’Europe «paye les pots cassés d’une régulation défaillante». «Nous ne pouvons pas accepter de payer les pots cassés d’une régulation défaillante. Aux Etats-Unis, les acteurs financiers ont une sérieuse responsabilité dans ce qu’il faut bien appeler un dévoiement du capitalisme et l’Europe attend des autorités américaines qu’elles prennent leurs responsabilités», a-t-il prévenu selon l’AFP. Ainsi pour le Vieux Continent, les Etats-Unis sont «coupables» à leurs yeux d’avoir longtemps refusé d’intervenir au nom du libéralisme. La mobilisation massive de l’argent des contribuables aux Etats-Unis face à la débâcle, laissent entendre les dirigeants européens, la nationalisation de l’assureur AIG au pays du capitalisme roi et les promesses de Washington de mieux réguler à l’avenir les marchés remettent au goût du jour le rôle de l’Etat et la nécessité de ne pas tout laisser au seul marché. «Je suis assez impressionné de constater que dans le monde anglo-saxon, on traite aujourd’hui les choses de la manière que nous aurions choisie face à ce phénomène», a ironisé la semaine écoulée à Bruxelles le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker. Et d’ajouter qu’«ils [les Américains NDRL] redécouvrent à présent qu’on a toujours besoin des gouvernements». La pomme de discorde entre les deux blocs semble être les prêches sans effets, de l’UE, en faveur de mesures contraignantes pour discipliner la spéculation financière, notamment celle venant des «hedge funds», des fonds spéculatifs. Pour les Européens, les plaidoyers de l’Allemagne dans ce sens, déjà depuis le début 2007, étaient restés largement vains du fait de l’opposition des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. La donne a été modifiée avec la crise, estiment-ils, notamment après la quasi-faillite de la banque britannique, Northern Rock, qui a convaincu les Britanniques d’aller de l’avant en Europe.
Bush annonce un plan de sauvetage de plus de 700 milliards de dollars Le plan de sauvetage annoncé par le président américain, George Bush, pour combattre la crise financière pourrait coûter 700 milliards de dollars et s’étaler sur deux ans, ont rapporté samedi dernier les médias américains citant un document envoyé au Congrès. Ce document de trois pages précise que le Trésor aurait toute autorité pour racheter jusqu’à 700 milliards de dollars notamment d’actifs immobiliers aux institutions financières pendant deux ans. L’administration Bush a envoyé au Congrès la veille les détails d’un vaste plan de soutien aux banques. Il s’agit selon la Maison-Blanche d’un «plan massif car le problème est massif». «La crise financière a créé un risque systémique important, et cela nécessitait une réponse forte, et le Congrès le comprend», a affirmé M. Bush. «Nous allons travailler pour que quelque chose soit fait aussi vite que possible et de manière aussi massive que possible», a-t-il dit. Dans le même sillage, et pour mettre fin à cette problématique, plusieurs institutions d’émissions du monde entier n’ont ainsi pas eu d’autre choix que de servir de «prêteurs en dernier ressort» pour les banques, proposant des milliards de dollars pour éviter des faillites en cascade et redonner de l’air aux marchés. Pour autant, l’argent injecté n’est pas sorti de la planche à billets et personne n’en verra la couleur. Il prend la forme d’un prêt à taux bas et portant sur un très court terme, échangé électroniquement. En principe, il ne doit circuler qu’un minimum de temps. Jeudi dernier, les institutions d’émissions ont battu des records avec une première injection de 180 milliards de dollars de la Reserve Fédérale américaine, expliquent les analystes. La Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre, du Japon, de Suisse et du Canada, ont suivi. Au total, elles ont offert 300 milliards de dollars, donnant la possibilité aux marchés de convertir des devises dans la monnaie américaine.
Le plan Bush est une solution à court terme selon Joseph StiglitzLa bête noire de la Banque mondiale, le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, n’a pas tardé pour commenter les décisions prises par le président américain, George Bush. En effet, l’ex-numéro deux de la BM, qui voit dans la crise actuelle du système financier américain «la fin d’un modèle économique désastreux» et «la fin de l’idéologie selon laquelle les marchés libres et dérégulés fonctionnent toujours», considère que le plan proposé vendredi dernier par le président américain, George Bush, pour soutenir les banques «n’est qu’une solution à court terme». Pour désengorger le système et ramener la stabilité sur les marchés, le gouvernement veut racheter aux banques et aux institutions financières des actifs «non liquides» dont personne ne veut plus et qui sont à l’origine de l’une des plus graves crises à Wall Street depuis la Grande dépression de 1929, explique-t-il. Plus loin, M. Stiglitz a en outre estimé «monstrueux» l’exposition des contribuables américains par le plan de soutien massif au secteur bancaire annoncé par Washington. «On met les placements à risque entre les mains des contribuables. Comme aucun investisseur privé ne veut des placements à risque, on les colle au contribuable, c’est monstrueux», a jugé le prix Nobel américain 2001.
"Salah Benreguia, latribune-online.com"
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