mercredi 21 janvier 2009

Gaza : premier bilan humain après 22 jours de combats

Après 22 jours de bombardements meurtriers, Israël a mis un terme ce week-end à son offensive dans la bande de Gaza.

Alors que les armes se taisent petit à petit dans la bande de Gaza après trois semaines de combats, les équipes de secours palestiniennes parcourent le territoire pour compter les morts. Depuis l'annonce de la trève, 95 corps de Palestiniens ont ainsi été découverts dans des décombres au nord de la bande de Gaza, à Jabiliya et à Beit Lahya.

Cette offensive israélienne n'a épargné ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les bâtiments de l'ONU à Gaza.

Les civils, durement frappés par l'opération "Plomb durci"

En 22 jours, 1300 palestiniens ont été tués, dont plus de 410 enfants et 108 femmes, selon le dernier bilan des services d'urgences de Gaza. Plus de 5300 personnes ont été blessées. Deux hauts dirigeants du Hamas, dont Saïd Siam, le "ministre" de l'Intérieur, et quelques 500 militants et cadres du mouvement ont été tués.

Côté israélien, 13 personnes ont été tuées, dont 3 civils. 80 civils ont été blessés, dont quatre très grièvement. 113 soldats israéliens ont été blessés.

De nombreux bâtiments abritant aussi bien des militants du Hamas que des civils ont été détruits. Des milliers de Palestiniens se retrouvent ainsi à la rue.

Des obus israéliens sont tombés près de trois écoles et d'un centre de santé administrés par les Nations unies. Lors de la dernière attaque, le 17 janvier, au moins 30 personnes ont été tuées et 55 blessées.

Le 15 janvier, des bombardements ont ravagé un complexe de l'ONU (Unrwa), un bâtiment de presse et un hôpital. Israël a été accusé par le président de l'Assemblée générale de l'ONU, Miguel d'Escoto, de violer le droit international:

"Les violations du droit international commises lors de l'attaque de Gaza ont été dûment notées: punition collective, usage disproportionné de la force et attaque de cibles civiles dont des maisons, des mosquées, des universités et des écoles."

L'utilisation d'une nouvelle arme?

L'organisation Human Rights Watch a accusé l'armée israélienne d'utiliser du phosphore blanc, arme interdite par le droit international contre des civils, dans des zones d’habitation très peuplées.

Dans un article publié sur Rue89 et consacré au phosphore blanc, Anyssa Bellal, de l’Académie de droit international humanitaire de Genève a expliqué:

"Les munitions au phosphore blanc ne sont pas interdites par le DIH [droit humanitaire international, ndlr], contrairement à d’autres armes comme les bombes à fragmentation, les mines anti-personnel et les armes chimiques. Mais leur utilisation est soumise aux principes de ce même droit: elles ne doivent pas causer de maux superflus et il faut distinguer entre civils et combattants."

Les journalistes étrangers tenus loin de Gaza

Depuis le début de l'offensive israélienne, l'ensemble du territoire palestinien a été bouclé avec l'interdiction formelle, pour les journalistes internationaux, d'y pénétrer.

Les correspondants de la presse arabe, déjà sur place, ont travaillé dans des conditions très dures. Nidal al Moughrabi, correspondant de Reuters, a fait le récit de son travail sous les bombes, sur le site de l'agence:

"Sur la radio utilisée par les journalistes de Reuters, les informations affluent: 'Ils ont bombardé une voiture à Beït Lahiyah', rapporte un reporter. 'Trois cadavres sont arrivés à l'hôpital Chifa', dit un autre. 'Plusieurs blessés dans un raid aérien contre des tunnels', ajoute un troisième, basé dans le Sud, près de la frontière avec l'Egypte.

"Au bureau de Reuters à Gaza, où sont reçus ces appels, les vitres des fenêtres ont été recouvertes d'adhésif de façon à minimiser les risques de blessures si elles étaient soufflées par une bombe. Mais les locaux ont été secoués à plusieurs reprises par des explosions à proximité et la principale baie vitrée n'a pas résisté.

"Au sommet de l'immeuble, l'équipe a installé une caméra fixe. Les cameramen préfèrent éviter de filmer à partir des fenêtres du bureau, de crainte que des soldats israéliens ne se méprennent en croyant être visés par une arme."

La caméra fixe a été détruite le 15 janvier lors de l'assaut contre un bâtiment de presse.

Depuis le 27 décembre, quatre journalistes ont été tués: l'un travaillait pour les télévisions algérienne et marocaine, deux autres pour une radio gazaouie et le quatrième était le caméraman personnel du président palestinien Mahmoud Abbas.
"Rue89.com"

Accusé de crimes de guerre, Israël prépare sa défense



Israël prépare sa défense face à des accusations de "crimes de guerre" après son offensive meurtrière dans la bande de Gaza, même si une action juridique a peu de chances d'aboutir.

L'Etat hébreu, qui a promis de mener une enquête sur les bombardements massifs contre des zones habitées dans la bande de Gaza, affirme rassembler des preuves pour démontrer que ses objectifs étaient uniquement militaires.

Preuves
"Israël veut être en mesure de présenter des preuves démontrant que la majorité des immeubles démolis étaient utilisés par les combattants. Beaucoup étaient piégés, utilisés pour tirer des roquettes et entreposer des armes", explique le ministre des Affaires sociales, chargé des relations avec les ONG, Yitzhak Herzog.

Des photos aériennes et des documents filmés par les soldats sur le terrain équipés de caméra vidéo durant les combats, sont en ce moment rassemblés pour renforcer la thèse israélienne selon laquelle les bombardements étaient légalement justifiés.

Victimes
Selon les services d'urgence de Gaza, plus de 1.300 Palestiniens sont morts et plus de 5.000 ont été blessés lors de cette opération de 22 jours qui visait officiellement le Hamas. Au moins 65% des victimes sont des civils et parmi les morts se trouvent plus de 400 enfants et une centaine de femmes.

Des écoles gérées par les Nations unies, le quartier général de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) ont été bombardés tandis qu'un convoi humanitaire a été pris pour cible. L'UNRWA, Amnesty International et des médecins étrangers présents à Gaza ont aussi accusé l'armée israélienne d'utiliser des bombes au phosphore dans des zones habitées, en violation des conventions internationales.

Crimes de guerre

Amnesty a accusé lundi l'Etat hébreu de "crimes de guerre". Pour l'expert de l'ONU sur les droits de l'Homme dans les territoires palestiniens, Richard Falk, la punition collective infligée par Israël à la population s'assimile à "un crime contre l'humanité".

"Pourquoi des civils sont morts? Parce que les camps d'entraînement et toutes les installations du Hamas sont positionnés près d'écoles, de mosquées ou d'habitations", explique la porte-parole de l'armée Avital Leibovitch. "Le Hamas commet des crimes de guerre en mettant des civils en première ligne", a-t-elle ajouté, promettant qu'Israël "répondra" à toutes les accusations.

Poursuites

La Bolivie, la Fédération internationale des droits de l'Homme et un groupe d'avocats ont déjà fait savoir qu'ils voulaient saisir la Cour pénale internationale (CPI), compétente pour les crimes de guerre et contre l'humanité. Mais, selon des experts juridiques, ces poursuites ont peu de chances d'aboutir, l'Etat hébreu n'étant pas signataire du Statut de Rome qui a mis en place la juridiction.

La CPI peut en revanche être saisie par le Conseil de sécurité de l'ONU, où les Etats-Unis, principaux alliés d'Israël, disposent d'un droit de veto. Selon Jaber Wisha, vice-président du Centre palestinien des droits de l'Homme, la voie légale la plus réaliste est le recours au principe de "justice universelle", qui permet à un Etat de juger des crimes de guerre même s'ils n'affectent pas ses intérêts nationaux.

Une attaque contre des civils ou des organisations humanitaires peut être considérée comme un crime de guerre s'il est prouvé qu'elle était "intentionnelle", souligne Larry Maybee, expert juridique du Comité international de la Croix Rouge (CICR).

Même si la cible est militaire, la justice doit chercher à savoir si "l'auteur de l'attaque a pris les précautions suffisantes pour minimiser le nombre des victimes et des dégâts" civils, et si la "réponse à été proportionnelle à la menace", explique-t-il. La Belgique, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande ont déjà été saisis dans le passé de plaintes contre des responsables israéliens, mais les poursuites ont été abandonnées. (belga/ca)